la gestion des connaissances : nouveau levier de performance et de compétitivité
Rencontres Cap Gemini- La Tribune
24 juin 1999

Intervention de Grégoire Postel-Vinay
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Le sujet qui nous réunit ce matin, la gestion des connaissances, apparaît de plus en plus central dans les enjeux de compétitivité, et plus largement, de performance pour un très grand nombre de formes d'organisations. Dominique Strauss Kahn a donc été très sensible à votre invitation, sur un sujet qui lui est cher et qui comporte des enjeux économiques et sociétaux majeurs, et s'il regrette que ses obligations ministérielles ne permettent pas sa présence parmi nous, il m'a prié de vous faire part de son vif intérêt pour cette conférence.
Sans prétendre épuiser et l'assistance et le sujet, que d'autres auront mieux que moi l'occasion d'illustrer, j'articulerai mon propos sur les points suivants :
I Les enjeux pour les entreprises :
L'évolution de l'investissement des entreprises depuis 25 ans est marquée par une constante augmentation de la part immatérielle, de moins de 15% du total au milieu des années 70 à plus du tiers aujourd'hui. Or, sous les rubriques statistiques de l'investissement immatériel, on trouve de la formation, de la recherche développement, du marketing et des études de marchés, de la publicité, des brevets et des marques, tous sujets qui renvoient au capital de savoir des entreprises, et à leur capacité à l'accroître, à le valoriser, à en induire des innovations et des sources de croissance. Les travaux récents du Commissariat général au Plan sur l'investissement immatériel et la compétitivité, conduits avec le MEFI, ont d'ailleurs illustré ce point.
Plus particulièrement, la croissance des réseaux d'information, en accélérant la mondialisation, a rendu la réactivité des entreprises aux signaux des marchés, aux nouveautés technologiques, aux enjeux de la concurrence, un enjeu de compétitivité massif. Théorisé au début des années 80 par des livres comme " l'économie politique de la vigilance " , ou " la crise du XXè siècle ", cet enjeu n'a cessé de s'accroître, jusqu'à rendre évidente l'émergence d'une société de l'information, où une large part de la valeur est fondée sur la capacité cognitive des individus et des organisations qu'ils constituent. L'explosion d'internet d'une part, des intranets et extranets d'autre part, en sont depuis le milieu de la décennie la plus évidente manifestation. On est ainsi passé d'un réseau reliant environ 2000 ordinateurs en 1985 à un système interactif entre plus de 70 millions de micros aujourd'hui, soit une croissance au rythme moyen d'un doublement tous les cent jours… Concomitamment, les progrès des moteurs de recherche transformaient, pour tout ce qui relève de l'intelligence économique, comme pour la recherche, des métiers patients d'accumulation documentaire, au profit de sélections parmi des sources pertinentes de plus en plus nombreuses. On passait ainsi d'une logique de gestion de stocks à une pratique de sélection de flux. Enfin, les coûts de transmission de données étaient divisés de deux ordres de grandeur par les protocoles IP. De fait, cette explosion transforme la vie dans les entreprises :
II Les évolutions des entreprises :
Sur cette question, les évolutions comme les problématiques diffèrent selon la taille des entreprises :
III Evolutions macroéconomiques :
Sans que ce soit ici le lieu de s'étendre sur la nouvelle économie induite par les technologies de l'information, il suffit de mentionner quelques chiffres :
IV Enjeux pour l'Etat
:
Elément majeur dans l'évolution de la performance des entreprises, la gestion de l'information l'est aussi, naturellement, pour l'Etat : souligné dans le lancement par le Premier Ministre du thème de la société de l'information à l'été 1997, précisé lors de sa présentation du PAGSI de janvier 1999, cet enjeu se traduit à la fois par une prise de conscience, des lois, des ressources, et des évolutions pratiques.
Elle se transmet à la fois par une expression publique de priorités, dont j'ai rappelé quelques exemples ci-dessus, et par des rapports, parmi lesquels il faut mentionner le rapport Baquiast sur le développement d'internet et d'intranets au sein des administrations l'Etat, celui sur internet et les PMI, qui en même temps conduit l'Etat à avoir une offre plus structurée et rationnelle, le rapport Lombard sur le brevet, le rapport Lefas sur l'information économique des entreprises, le rapport d'Attilio sur les collectivités locales, ou certains aspects développés dans les groupes de travail annexes au rapport Lorentz de février 99 sur le commerce électronique. Le site " adminet " mis en place par les soins du conseil général des mines en recense 63, ce qui me vaudra sans doute la vindicte des 58 auteurs que je n'ai pas cités : qu'ils veuillent me pardonner : cette profusion prouve en elle-même la nature très réactive et déconcentrée de ce sujet.
Tous les grands pays industrialisés ont un programme pour la société de l'information. Il se traduit pour le sujet qui nous occupe dans les lois de finances, principalement par des mesures en faveur de la R&D, mais aussi par l'évolution donnée, au travers des budgets de l'éducation nationale ou de la formation, à une meilleure maîtrise des outils d'accès à l'information par chacun. Elle passe également par des négociations internationales (celle sur les brevets se tient en ce moment même, celle sur le nommage est récurrente), par la libéralisation du cryptage fort, qui ouvre aux entreprises des possibilités nouvelles en matière de quête d'information sécurisée entre filiales distantes, et, dans le cas français, par la loi sur l'innovation qui, en favorisant une évolution culturelle au sein de l'appareil de recherche, pourra contribuer à une meilleure gestion des connaissances pour l'ensemble de la société Une loi sur les TIC est en préparation.
Elles sont principalement de deux ordres : humaines, ce dont témoigne l'activité fébrile qui fait surgir partout des sites, et une administration plus interactive, plus dispensatrice de ses connaissances, tout en ayant le souci de conserver au marché de l'information tout son rôle. Financières, comme il a été dit, par du soutien à la R&D (par exemple, le programme " oppidum " sur la sécurité des systèmes d'information, qui accompagne la libéralisation du cryptage ou encore l'appel à propositions sur l'utilisation collective d'internet par les PMI), et enfin, d'investissement, dans les équipements nécessaires à la modernisation des administrations.
Cet ensemble porte ses fruits : qu'il s'agisse des activités régaliennes à commencer par l'interlocuteur fiscal unique vers lequel tendent les efforts du MEFI, et qui supposent des efforts considérables de réorganisation interne dans la gestion de l'information, ou la meilleure information sur la législation environnementale, ou la mise en place progressive d'un interlocuteur unique administratif pour les PME, ou l'efflorescence de sites permettant de mieux guider les usagers, particuliers et entreprises, dans les ressources d'information disponibles (avec des expériences pilotes des DRIRE intéressantes, la mise en ligne des études publiques de l'Industrie, ou aussi une interactivité plus forte avec les programmes communautaires, en particulier ceux tournés vers l'innovation) ou encore, en interne, le développement rapide d'intranets, avec l'éclatement de cloisonnements qu'il implique, l'Etat d'aujourd'hui diffère déjà très sensiblement de ce qu'il était il y a encore deux ans, et sans doute de ce qu'il sera dans quelques années.
Conclusion
Les technologies de l'information ouvrent vers un monde nouveau, où tout interagit, où la cité n'est plus une, figée sur une colline comme l'Athènes antique, mais multiple, ouverte, mouvante. Pourtant, une constante demeure : dans le Parthénon trônait une statue d'Athéna, casquée et dotée d'une chouette : la gardienne de la cité avait les attributs de sa défense, en temps de guerre, et du savoir, source de sagesse et de prospérité, en temps de paix. Aujourd'hui, comme alors, l'essor de la chouette est un enjeu crucial, même si ses modalités ont changé : c'est sur elles qu'il nous faut maintenant nous pencher.
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